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Le Nouvelliste | Cayes : des compagnies suspendent leurs vols


Un avion Piper Navajo Chieftain de huit places appartenant à Agape Flights, une compagnie basée à Venice, en Floride, a été endommagé par des dizaines de manifestants ayant fait irruption à l’aérogare Antoine Simon, aux Cayes, mardi 29 mars 2022.


Les images de manifestants, en colère à cause des conséquences la guerre des gangs sur la circulation des personnes et des biens entre le grand Sud, la capitale, Port-au-Prince et le reste du pays, ont circulé sur les réseaux.


L’appareil, sorti de l’enceinte de l’aéroport, a été incendié, ont constaté des journalistes.


Ariel Henry condamne, veut de sanctions sévères


« Je condamne, énergiquement, les violences de manifestants ayant abouti à l’incendie d’un avion, à l’aéroport des Cayes. J’ai instruit les pouvoirs publics de mettre l’action publique en mouvement contre les auteurs de ces actes subversifs afin qu’ils soient sévèrement sanctionnés », a réagi le Premier ministre Ariel Henry sur son compte Facebook en milieu d’après-midi.


Suspension temporaire de vols


En début de soirée, dans un article du Miami Herald, on apprend que les opérateurs de compagnies aériennes nationales et de charters ont temporairement interrompu les vols locaux en Haïti après que des manifestants aient endommagé puis brûlé mardi aux Cayes, dans le Sud-ouest du pays, un avion utilisé par une organisation caritative basée en Floride.


L’avion Piper Navajo Chieftain de huit places appartenait à Agape Flights, qui est basé à Venice, en Floride, a déclaré une porte-parole de Agape Flights au Miami Herald.


«Depuis 42 ans, nous volons vers Haïti et nous avons des vols de mission hebdomadaires transportant du fret, du courrier et de l’aide humanitaire aux familles missionnaires à travers Haïti», a-t-elle déclaré. «C’est dévastateur mais nous sommes simplement reconnaissants que l’équipage soit en sécurité», a-t-elle poursuivi.


Sur sa page web, le groupe a annoncé que pour la sécurité de ses missionnaires affiliés et de son personnel, le vol de cette semaine a été annulé.


En réponse à l’incident, selon le Miami Herald, la principale compagnie aérienne nationale, Sunrise Airways, a temporairement interrompu tous ses vols vers Les Cayes.


Le directeur de Sunrise Airways, Philippe Bayard, a déclaré au Miami Herald que pour l’instant, seuls les vols à destination des Cayes seront annulés. «Nous avons arrêté les vols et nous voyons quel type de sécurité ils vont mettre en place à l’aéroport car nous ne pouvons pas mettre en danger les personnes qui travaillent avec nous, les passagers ou l’avion», a déclaré Bayard. 


Le PDG de Sunrise a qualifié les violences de mardi aux Cayes de «tristes» et «inacceptables».


Aux Cayes, des manifestants ont accusé les propriétaires de compagnies aériennes et le gouvernement de profiter de l’insécurité à Martissant.


Richard Hervé Fourcand, un ancien sénateur qui vit aux Cayes et qui a mis à disposition son avion personnel pour mettre en sécurité les victimes du tremblement de terre, a déclaré que «les militants étaient allés trop loin» mardi.


Il a qualifié d'»exagéré» l’argument des manifestants contre les transporteurs aériens locaux. Il a reconnu que la situation à Martissant devient de plus en plus insupportable et affecte le redressement du sud. «Tout est cher», a-t-il déclaré. «Il faut payer quatre gangs pour faire passer un seul conteneur».


Colère aux Cayes et dans le grand Sud asphyxiés par les gangs de Port-au-Prince


Aux Cayes et dans d’autres villes du grand Sud dont Jacmel, la colère gronde à cause des conséquences de l’incapacité des autorités à mettre en déroute les gangs de l’entrée Sud de Port-au-Prince, Grand-Ravine, Village de Dieu et Fontamara qui s’affrontent depuis le 1er juin 2021 pour étendre leur influence sur des territoires où ils séquestrent des personnes kidnappées. Les attaques de personnes, de cargaisons ne se comptent plus sur la route de Martissant, devenue un non man’s land. 


Quand des camions et leurs équipages échappent aux kidnappeurs, parviennent à acheminer des marchandises dans le grand Sud, ils paient des fois un droit de passage. Ces difficultés ont provoqué l’envolée des prix des produits de premières nécessités et de construction dans le grand Sud, frappé le 14 août 2021 par un séisme de magnitude 7,2 sur l’échelle de Richter qui a fait plus de 2 000 morts.


Grogne dans le grand Sud et pas que


Ce mardi 29 mars, à côté de l’incendie de cet aéronef, la police a confirmé qu’au moins un manifestant était mort et que cinq autres ont été blessés, dont quatre policiers, attaqués à coups de pierres aux Cayes. A Jacmel, il est rapporté que la carcasse d’un avion en panne avait été incendiée à l’aérogare.


A Port-au-Prince, il y a eu aussi une manifestation contre le kidnapping et l’insécurité à l’initiative de plusieurs organisations. Plusieurs entités, dont des associations patronales, des syndicats et  d’organisations socio-professionnels ont, à travers une pétition, 26 mars 2022, exprimé leur ras-le bol face à la prise en otage de toute la population par des organisations criminelles,  l’inaction, voire la tolérance des autorités qui faillissent à leur obligation première d’assurer la sécurité et communiqué un plan assorti de mesures concrètes au Premier ministre Ariel Henry, seul responsable, avec son cabinet, si, en cas de retard, se produit une révolte populaire, aveugle, balayant tout sur son passage.


Pétition appelant à fair la guerre aux gangs


« La présente pétition est une initiative citoyenne, non partisane, par laquelle, nous soussignés, représentants de différents secteurs de la société haïtienne, vous signifions une fois de plus le profond désarroi de toutes les couches sociales de la vie nationale par rapport à la dégradation accélérée de la situation sécuritaire en Haïti », peut-on lire dans cette pétition. 


« Nous protestons énergiquement contre la prise en otage de toute la population par des organisations criminelles, et l’inaction voire la tolérance des autorités qui faillissent à leur obligation première d’assurer la sécurité des citoyens », selon cette pétition, soulignant que « les cas de meurtres, d’enlèvements contre rançon, de viols, de vols à main armée et de pillages organisés ne se comptent plus ». « Les entreprises ferment leurs portes, les familles vivent avec la gorge serrée, chacun attendant dans la terreur à qui le tour », ont mis en avant les signataires avant de se fendre d’un constat concernant la PNH.


Déclarer la guerre aux gangs armés


Selon ces recommandations, il faut, dans un premier temps, « décréter l’État d’urgence ; déclarer la guerre aux gangs armés qui sèment le deuil et la désolation dans la population ;sévir contre la fraude au niveau des douanes pour éviter le détournement des revenus et imposer des mesures de contrôle pour éliminer le trafic d’armes et de munitions ; classer les gangs armés dans la catégorie des organisations terroristes ;équiper adéquatement en toute priorité les Forces Armées d’Haïti et la Police Nationale y compris la Police Scientifique ;recruter des experts pour encadrer la PNH dans ses efforts pour traquer et mettre hors d’état de nuire tous les bandits ; isoler les groupes criminels et les assiéger dans leur retranchement ;identifier publiquement et poursuivre toutes les personnes et entités qui financent et alimentent ces gangs en armes et munitions ; adopter un décret ordonnant le gel immédiat et la confiscation des avoirs de toutes les personnes et entités qui financent et alimentent ces gangs en armes et munitions ;exiger des compagnies téléphoniques l’identification obligatoire pour tout numéro de portable en fonction sur le territoire et déconnecter dans un délai raisonnable tout numéro de téléphone non identifié ;annuler et dans un bref délai, rapporter systématiquement toutes les anciennes plaques IT ou SE ou LOCATION en circulation. Ces plaques sont utilisées par les gangs. Contrôler strictement les nouvelles émissions de plaques.


Roberson Alphonse




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