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Le Nouvelliste | Crises sociopolitiques en Haïti de 1986 à 2021 (Première partie)


Par Jean Miguelite Maximé


L’école : la grande victime


Introduction


Le système éducatif haïtien est en proie à un certain nombre de difficultés comme le faible niveau de formation des maitres, des classes pléthoriques, des écoles mal équipées, mal situées, le décrochage scolaire, des enfants sur âgés… Plusieurs facteurs concourent à cette situation alarmante dont les troubles sociopolitiques récurrents.


En effet, depuis plusieurs décennies, Haïti patauge dans une crise sociopolitique aux conséquences imprévisibles. Depuis 1986, en Haïti, c’est la descente aux enfers. La jalousie et l’envie accentuent une haine biséculaire implacable par moments.  Chacun veut être à la place de l’autre. La crise sociopolitique devient la matérialisation de cette propension à la négation de l’autre. Cette instabilité a toujours été présente dans l’histoire d’Haïti. En effet, de 1804 à 2021, le pays a connu 13 chefs d’État non renversés, munis d’un mandat, 27 renversés, munis d’un mandat, 15 chefs d’État provisoires et 15 conseils provisoires (avril, 2021). De 1986 à aujourd’hui, le pays a connu une instabilité sans pareille qui a conduit à de multiples gouvernements provisoires. Pierre Raymond Dumas parle d’une transition qui n’en finit pas, (avril 2021) introduit la notion de syndrome du provisoire quand Émile (2018) s’acharne à trouver les 20 raisons qui causent le malheur du pays alors que Trouillot (1998) pour présenter Haïti, dans son roman «Rue des pas perdus», parle de vingt-sept mille kilomètres carrés de haine et de désolation. Il pense même que la haine croît plus vite que les arbres.


Aujourd’hui, Haïti donne l’impression que rien ne marche, c’est la faillite totale dans tous les domaines. On dit alors qu’Haïti connaît une crise sociopolitique depuis plus de trois décennies. Cette crise affecte tous les domaines en particulier celui de l’éducation. En effet, la conjugaison d’une instabilité avec une violence aveugle par moments, les enlèvements suivis de séquestration, la « gangstérisation » du territoire, le blocage du pays pendant plusieurs jours (peyi lok), les grèves des enseignants devenues récurrentes offrent une Haïti qui rime difficilement avec l’éducation.


Le nombre de jours de classe diminue sérieusement chaque année. La moyenne mondiale de 200 jours de classes sur l’année se réduit parfois en Haïti jusqu’à 157.[1] D’après une estimation de l’UNICEF, pour l’année 2020, les 4 millions d’élèves ont perdu environ une centaine de jours de classe. Sur les 24 000 professeurs du système, 10 000 sont des absentéistes, 2 700 sont nommés, mais ne sont jamais payés, 3 000 travaillent sans aucun statut, le MENJS a une dette de l’ordre de 3 milliards de gourdes envers les professeurs et des écoles privées ayant participé au programme PSUGO[2]. La conjonction de ces éléments et de bien d’autres ne sont pas sans conséquence sur le secteur de l’éducation. Selon (UNESCO, 2020), environ 40% des élèves abandonnent l’école avant la 9e année fondamentale.[3] Depuis plusieurs décennies, le taux de réussite au baccalauréat en Haïti a été très alarmant. En effet, en 2009, face à un taux de réussite globale de 23,42 %, le ministre de l’Éducation nationale avait parlé de débâcle au Bac. Il avait même mentionné que les résultats reflètent la réalité du système éducatif haïtien puisque le taux de réussite traditionnelle se situe entre 25 et 30 %.


Se basant sur ces données et sur bien d’autres, certains disent que l’éducation est la grande victime de la crise sociopolitique qui sévit en Haïti depuis plus de trois décennies. Nous tâcherons dans un premier temps de venir avec des preuves factuelles et des données statistiques fiables pour confirmer que l’école en est la grande victime, ensuite, nous étudierons la durée scolaire, c’est-à-dire le nombre de jours de classe nécessaires par année pour la couverture du programme. Nous terminerons par des idées de la sagesse chinoise sur les conséquences de la destruction du système éducatif d’un pays après une brève incursion dans le fonctionnement du système éducatif de certains pays afin de voir l’importance accordée à la formation de la jeunesse en particulier chez les pays de l’OCDE. [4]


L’École dans une crise sociopolitique récurrente en Haïti


Notre cadre d’analyse se circonscrit dans un contexte historique post-duvaliériste qui coïncide avec les 35 ans de cette transition à répétition.  Nous essaierons de trouver le lien qui existe entre le fonctionnement de l’école et la matérialisation de la crise sociopolitique qui existe en Haïti de 1986 à 2021.   Nous analyserons les évènements dans un contexte de haine viscérale tous azimuts et d’égoïsme narcissique toujours présents sur un fond de fantasme de la puissance. Ces moments de crise se font accompagner de violence. La violence qui, aujourd’hui encore, d’après (Édouard, 2013), serait une sorte de réminiscence des expériences de brutalité et de barbarie qui ont happé la nation haïtienne bien avant sa formation et qui se seraient reproduites à travers des tentatives de résurrection d’habitus ou de mise en place de régime politique qui rappellent trop l’absolutisme du régime colonial […] Quand il n’y a pas la violence, les années scolaires sont entrecoupées de longues périodes de grève. (Cadet, 2015) pense que :


Depuis plus de trente ans , pas une année scolaire sans des troubles causés par les conflits entre l’État et les syndicats d’enseignants ou les luttes fratricides pour le pouvoir. Si rien n’est fait pour maîtriser cette situation, Haïti aura dans les jours à venir une génération de jeunes analphabètes […]


En ce qui a trait aux grèves répétées des enseignants, Les parents angoissés, reconnaissent le droit à la grève, mais déplorent toutefois que les enseignants ne font jamais la grève pour exiger que l’État améliore la qualité de l’enseignement. Les parents interprètent leurs actions comme l’égoïsme de toute une corporation. Entre la grève générale qui s’étend sur tout le pays, celle des enseignants et celle des élèves, l’école se retrouve souvent au cœur d’une crise globale totale. D’aucuns pensent qu’elle est entre l’espoir et la déception dans le difficile apprentissage de la démocratie.


1.1 1986 – 1994, démocratie, difficile apprentissage – L’école entre l’espoir et la déception


Plusieurs réformes ont vu le jours dans le système éducatif haïtien. L’une des plus récentes est la réforme communément appelée « Réforme Bernard ». Cette réforme, lancée officiellement en 1979, a été stoppée par décision ministérielle en 1982, ce moratoire a été maintenu en 1986 et 1987 sous prétexte que la conjoncture sociopolitique du pays n’était pas propice à la reprise des activités relatives à la réforme éducative. La crise sociopolitique ne se prêtait pas à la continuité des changements substantiels dans le système éducatif haïtien. L’école se retrouve entre l’espoir et la déception.


Dès 1985, des manifestations sont organisées à travers tout le pays. Les 27 et 28 novembre, des émeutes de la faim éclatent aux Gonaïves [5], des morts dont une fillette ont été enregistrés. D’autres villes comme Miragoâne et Petit-Goâve ont foulé également le macadam. En janvier 1986, lors des troubles menant au renversement de Duvalier au début de l’année 1986, les écoles ont été fermées. (Le Devoir : 9 janvier 1986 p.1, 8.). La grève des écoles a continué, une bonne partie du territoire demeure paralysée.  La crise s’amplifie, des stations de radio contestataires sont fermées. L’insurrection ne tarda pas à gagner Port-au-Prince, les établissements scolaires de la capitale et des principales régions du pays ont dû fermer leurs portes : parents, élèves, professeurs, directeurs craignent d’être victimes de manifestants en furie. Le Président a dû quitter le pays le 7 février 1986.


La période qui suit le départ des Duvalier a été identifiée par le chef de l’État d’alors  comme celle de la « bamboche démocratique ». Les passions sont exacerbées, des leaders politiques fusent de toutes parts, certains viennent de l’étranger, c’est le grand retour au bercail.  L’heure était à la revanche et au pillage. Le groupe des 57 organisations politiques syndicales lancent des grèves intempestives ponctuées de jours de ravitaillement. [6] Le climat n’est pas propice à l’apprentissage.  Les écoles ne peuvent pas fonctionner. Une nouvelle ère d’instabilité allait s’ouvrir dans le pays pour une nouvelle ère de la fermeture des classes.


En 1987, des leaders de l’opposition avaient même appelé les élèves à bouder les examens du baccalauréat afin de se mettre aux côtés du peuple dans la lutte pour sa libération. 16 000 élèves avaient boycotté les examens [7]. Sous prétexte de l’insécurité, ils conditionnaient leur participation aux examens officiels du baccalauréat au départ du Conseil national de gouvernement (CNG) [8]. Les appels à la grève se relaient, les élèves sont absents des salles de classe pendant près de deux mois. Plus tard, des élections sont organisées dans le sang le 29 novembre 1987. Le fonctionnement de l’école a été perturbé la semaine suivante. En 1988, un président est élu pour être renversé par un coup d’état 4 mois plus tard. Les promesses du nouveau gouvernement de ramener les 16 000 candidats en salles d’examens se sont estompées. Celui qui a pris le pouvoir allait être renversé à son tour trois mois plus tard. Les rumeurs et tentatives de coup d’État ne se comptaient plus.


L’école ne pouvait fonctionner à plein régime.


Entre le 2 et le 8 avril 1989, implosion au sein de l’armée, Haïti échappe à un coup d’Etat, des officiers supérieurs ont été limogés. L’État d’urgence est décrété, affrontements entre deux, puis une troisième unité de l’armée. Le 8 avril, fin d’une mutinerie qui se solde par une quarantaine de morts d’après l’Encyclopédie Universalis. Pendant une semaine d’affrontements entre des unités d’élite (sœurs), éclats d’obus et fragments de grenades se répandaient sur la ville.  L’école a dû fermer ses portes à Port-au-Prince, les acteurs du système éducatif se sont mis à couvert. (Refworld, 1989), à travers un titre évocateur : Haïti : Période de vacances scolaires fournit les données suivantes :


8 novembre 1989 : appel à la grève générale Le Devoir, 8 novembre 1989. Le 23 novembre : manifestations, arrestations, opérations militaires dans certaines zones du pays ou dans les quartiers de la capitale ont un impact sur la régularité des cours Le (Devoir 23 novembre) 1989. Le 22 novembre 1989, les enseignants en grève ont fait l’objet de répression, cela a eu des répercussions sur la période scolaire. En novembre 1989, à Limbé, grève des enseignants du secteur public (Haïti Progrès, 22-28 novembre 1989 p.4. À Port-au-Prince, grève des enseignants du secteur public, Haïti Progrès, 29 nov-5 déc. 1989 p. 5. Le 7 décembre 1989, un conflit majeur opposait les enseignants au gouvernement, une grève de 72 heures de la CNEH a réussi à 100 % à l’occasion. (Haïti Progrès, 13-19 décembre 1989, p.4)  (UNHCR, 1989).


En décembre 1990, une élection a été organisée, avant la prestation de serment de l’élu le 7 février 1991, une tentative de coup d’État a eu lieu dans la nuit du 6 au 7 janvier 1991. Dès l’annonce dudit coup d’État, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue à Port-au-Prince et dans les principales villes de province érigeant des barricades et organisant une chasse aux anciens membres de la milice des Duvalier. Les acteurs du système éducatif, mûs par un sentiment se situant entre la peur et la prudence se sont mis à côté, l’école a cessé momentanément de fonctionner.


Le 30 septembre 1990, un coup d’État militaire contre le président installé le 7 février 1991, a fait des dizaines de morts et des centaines de blessés à Port-au-Prince. La vie est paralysée dans la capitale et dans certaines villes de province. Dans ce climat de violence et de passion politique, l’école a arrêté de travailler pendant plusieurs jours.


1.2 De 1991 à 1994, l’école entre l’espoir et la confusion 


De 1986 à 1991, Haïti aura connu trois coups d’État, 3 tentatives et plusieurs rumeurs de coups d’État. Le 30 septembre 1991, un coup d’État a renversé un président qui avait prêté serment 7 mois plus tôt. Les nouveaux groupes armés étaient face aux résistants de l’ancien régime. La ville sentait la poudre. L’affreux climat de chasse aux sorcières pour empêcher toute réorganisation de l’ancienne équipe ne se prêtait à l’enseignement apprentissage qui ne doit se pratiquer que dans un milieu tranquille et serein. L’école était encore durement éprouvée.  


Selon Alter Presse du 19 septembre 2014, « de 1991 à 1994, des membres du FRAPH[9] ont assassiné des milliers d’opposants haïtiens ». Beaucoup de ces derniers ont été contraints de s’exiler. Le devoir du 2 janvier 1996 ainsi que Nations unies du 24 janvier 1996 ont mis l’accent sur certains actes commis par des civils armés pour des motivations politiques. Ces actions ne sont pas sans effet sur l’éducation des enfants et des jeunes, la peur engendrée par ces actes violents porte certains parents à garder leurs enfants à la maison quand ils ne partent pas en exil avec eux.


Le 17 septembre 1993, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une déclaration qui exige des militaires à Port-au-Prince qu’ils mettent fin à la vague de violences qui a fait au moins douze morts en une semaine. Après un embargo sur les armes et munitions le 8 0ctobre 1991, un embargo total allait suivre du 6 au 25 mai 1994[10]. Le prix de l’essence avait alors augmenté de manière exponentielle. La pénurie de carburant ne favorisait aucun déplacement dans un climat de frayeur occasionné par les partisans des deux parties en conflit. Encore une fois, l’école se retrouve coincée entre les passions.


1.3 1994- 2004 L’école dans une démocratie à l’épreuve du temps


À la suite de crises institutionnelles successives sous-jacentes à des ruptures répétées de l’ordre démocratique, l’État a continué à s’affaiblir et les pratiques de mauvaise gouvernance ont continué, 1994 allait sonner le glas de cette ère d’instabilité et de profond malaise avec le retour à l’ordre constitutionnel. Trois faits majeurs sont à signaler : le démantèlement de l’armée, l’institution d’une force de police et la présence d’une force étrangère dans le pays. Deux gouvernements d’une même mouvance politique se sont succédé. L’insécurité revient, un ancien député des Cayes identifie les armes de l’insécurité comme celles de la résistance qui ont favorisé le retour à l’ordre démocratique.


En gros, cette période marque une diminution des grèves intempestives qui ont affecté le fonctionnement des écoles. Toutefois plusieurs faits, pour avoir perturbé le fonctionnement de l’école, méritent d’être signalés :


En novembre 1994, environ 2 000 étudiants ont saccagé les locaux du MENJS pour protester contre une notation qu’ils jugeaient injuste. (New York Times 13 novembre 1994).


En mai 1995, des étudiants protestaires ont installé des barrages soutiers d’un bout à l’autre de Port-au-Prince pour manifester leur opposition à une grève nationale des enseignants. (Reuters 8 mai 1995).


En Juin 1995, des étudiants manifestent à travers les rues de Port-au-Prince. (Human Right Watch).


En novembre 1995, environ 300 étudiants s’étaient rassemblés devant un édifice au Cap-Haïtien pour demander les arriérés de salaire des enseignants. Les étudiants ont lancé des pierres aux casques bleus et aux policiers haïtiens blessant plusieurs d’entre eux. Seattle Times 3 nov. 1995


 (UNHCR, 2009) [11]souligne les faits suivants :


En mai 1997, les manifestations étudiantes ont donné lieu à deux jours d’émeutes généralisées à Port-au-Prince. (Reuters 16 mai 1997). En juin 1997, des étudiants ont lancé des pierres aux voitures, aux piétons et des grenades incendiaires à la police. (Reuters 16 mai 1997, The Economist 7 juin 1997 ; Newsday 19 juin 1997). Les enseignants ont déclenché la grève car le gouvernement n’avait pas respecté l’entente conclue avec eux le 17 février 1997 par laquelle il s’engageait à améliorer les conditions dans les écoles et à verser aux enseignants les arriérés de salaire. (Dow jones 15 mai 1997). En mars 1999, manifestations d’étudiants à Port-au-Prince ayant donné lieu à des affrontements entre des élèves et la police au lycée Alexandre Pétion. Un élève manifestant a été touché par un coup de feu tiré par la police. (Signal FM 1er mars 1999). Une grève des enseignants avait donné lieu à la fermeture de toutes les écoles publiques de Port-au-Prince et de certaines autres ailleurs. Les élèves des écoles publiques ont également forcé la fermeture d’une école privée catholique de Delmas. Radio Métropole 2 mars 1999). Dans un contexte général de mécontentement populaire donnant lieu à des protestations contre le gouvernement d’alors, dès janvier 2003, les séries de grèves qui paralysent le secteur de l’éducation recommencent le 16 janvier 2003 par une grève de 48 h. Des enseignants font la grève alors que des élèves manifestent à travers les rues pour réclamer la présence de ces derniers dans les salles de classe.


De 1994 à 2003, la fréquence des grèves et manifestations de rue a diminué. Mais des constantes demeurent : le retour à des violences politiques par des franges instrumentalisées de la population, la primauté de l’intérêt personnel, de l’individualisme au détriment de la collectivité et de l’intérêt général. La fin de cette ère semble annoncer l’école dans une atmosphère de grande confusion, de désordre, bref de chaos.


1.4 2004-2011 L’école et le début du chaos


L’année 2004 point à l’horizon dans un contexte de crise politique aiguë. L’école haïtienne se trouve entre l’espoir d’une solution à la crise sociopolitique et le risque d’un vaste désordre devant aboutir au départ du chef de l’État. Dès le début du mois de janvier, une grève de 48 h lancée par l’opposition et la société civile annonce la couleur. Des activistes armés et des civils armés ont ouvert le feu sur des manifestants. Le porte-parole du gouvernement réplique : « Ceux qui envoient leurs enfants dans les écoles étrangères veulent fermer [par la grève] les écoles du peuple. » (Le Devoir : 9 janvier 2004).


Pendant tout le mois de janvier, une opposition armée paralyse les activités à Port-au-Prince et dans d’autres départements. L’école a dû fermer ses portes. D’aucuns pensaient que le départ du président en exil le 29 février 2004, allait faire naitre un brin d’espoir de fin des violences et pourtant, la violence allait juste changer de camp. Pour la première fois, après les membres du FRAPH, on allait voir à répétition des civils armés déambuler à travers les rues de Port-au-Prince à visière levée, cette fois, sur des véhicules à habitacle découvert. Les parents craignaient pour leurs enfants. L’école a été encore une fois sévèrement affectée. Port-au-prince bascule dans la démesure. Les rebelles n’avaient pas encore déposé les armes, « les chimères » juraient encore fidélité à leur chef, ils voulaient la revanche. Un ancien étudiant de la Faculté des sciences humaines de l’Université d’État d’Haïti à Port-au-Prince a été tué par des tirs provenant de partisans du pouvoir. (Radio-Canada, 2004).


En 2004, Haïti enregistre ses premiers cas d’enlèvements massifs. En 2005 et 2006, 600 et 365 cas ont été enregistrés (CCE/PNH).[12] Entre le 1er et le 9 janvier 2006, plus de 40 enlèvements perpétrés par des bandes armées. Les banques, les magasins, les écoles ainsi que la plupart des services publiques tel que les transports en commun sont demeurés fermés. (Clavet, 2006). Refworld[13] du 14 février 2008 fait l’état de la situation :


Les enfants sont aussi les cibles d’enlèvements contre rançon (États-Unis, 9 janvier 2007, « Overall crime and safety situation » ; Al 23 mai 2006. « Background » ; OEA 23 juin 2005) ; les malfaiteurs espèrent extorquer de l’argent aux parents des victimes (A 23 mai 2006, « Background » ; The Miami Herald 7 déc. 2005). Dans les derniers mois de l’années 2007, les enfants représentaient la majorité des victimes d’enlèvements (the Canadian Press 6 déc. 2007). En novembre 2007, 11 enfants auraient été enlevés, dans la majorité des cas à Port-au-Prince (AFP 30 nov. 2007). En février et mars 2007, huit enfants, pour la plupart âgés de moins de 4 ans ont été enlevés ; trois d’entre eux ont été retrouvés sans vie (Nations unies, 30 mars 2007). Au cours du mois de décembre 2006 seulement, une cinquantaine d’enfants ont été victimes d’enlèvement (AlterPresse 12 février 2007) […]


Les cas d’enlèvements répétés ont porté certains parents à garder leurs enfants à la maison pendant un certain temps. En plus des cas d’enlèvements, on a même enregistré des cas de menace de grève permanente. En effet, en octobre 2011, l’association des instituteurs d’écoles municipales de Port-au-Prince (ASIEMP) annonce une grève permanente dans les écoles municipales de la capitale dès le lendemain de l’ouverture des classes le 3 octobre, pour réclamer 5 mois d’arriéré de salaire. Il s’explique en ces termes : « Nous ne pouvons pas accorder le pain de l’instruction aux enfants, alors que les nôtres restent à la maison ».


De 2004 à 2011, l’école haïtienne fonctionne en dents de scie entre grèves, menaces de grèves et l’insécurité dont la forme la plus courante était les enlèvements et séquestrations. On est bien loin de l’écologie éducationnelle qui s’entend comme l’ensemble des éléments qui définissent les circonstances et les conditions de l’enseignement et de l’apprentissage. (Légendre, 1993). L’éducation se fait dans un milieu qui se dégrade de jour en jour.


Jean Miguelite Maximé


Ecole doctorale


IUSE-CREFI

A suivre




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