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Le Nouvelliste | Quel est le bilan du secteur agricole en Haïti pour l’année 2021 ?


Des agronomes, techniciens agricoles, agents de développement et professionnels de divers horizons se sont réunis sur Zoom au forum agricole de la PROMODEV pour dresser le bilan du secteur agricole en Haïti pour l’année 2021.


Les participants ont fait le point sur le fait qu’il devrait y avoir une politique agricole active basée sur une vision avec des objectifs clairs, ce qui leur permettrait de mieux dresser un bilan pour l’année 2021. Par ailleurs, on a parlé d’un document non vulgarisé et non approprié même par le gouvernement d’alors. Pour avoir une politique agricole, il faut que le Conseil des ministre statue et prenne une résolution de conception et de mise en œuvre. En outre, il faut prioriser l’approche participative en intégrant les organisations paysannes, les entrepreneurs agricoles et autres acteurs comme parties prenantes du processus. 


Pour sa part, le Dr. Joe N. Pierre a présenté le bilan de ses 50 ans de carrière professionnelle en tant qu’agronome de la promotion 1967-1971 de la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire (FAMV).


La PROMODEV a fait état de ses axes d’intervention, ses objectifs, ses réalisations avec des projets tels que ALLO AGRO, la Maison des Planteurs, Jardin Scolaire, Koze Plantè, Recherche et Développement avec la vulgarisation comme axe transversal, etc.


L’ancien ministre de l’Environnement, l’agronome Joseph Ronald Toussaint, a jeté un regard sur le bilan du secteur agricole en recommandant la valorisation des acquis de l’Unité d’études et de programmation (UEP) au sein du ministère de l’Agriculture des ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), le retour à une culture de politique publique dans le secteur agricole. Selon lui, il faut revivifier l’agriculture haïtienne avec des perspectives de sécurité alimentaire et il est important de créer l’Institut national de recherche agronomique en Haïti


L’année 2021 n’a pas été facile et on a pu déceler plusieurs troubles sociopolitiques qui ont des conséquences néfastes sur le secteur agricole. Par exemple, les Madan Sara, les agriculteurs et entrepreneurs agricoles n’ont pas eu accès à la libre circulation et ils ont fait face à divers problèmes tels que : la carence en intrants et outils agricole, le manque d’assistance technique, les maladies et pestes, le crédit agricole très faible, manque d’appui pour la recherche, etc.  On a discuté aussi sur la problématique de l’éclatement urbain.


La PROMODEV a dénombré dix cas de décès dans le secteur agricole pour l’année 2021. Il s’agit de : 1.- le Dr Audalbert Bien-Aimé, 2.- l’agronome Loucko Gaspard, 3.- le révérend frère Jean Dieuterme Emmanuel (frè Manno), 4.- l’agronome Kincy Pierre Blaise, 5.- le Dr Robert Joseph, 6.- l’agronome Jean Gaston, 7.- Lovely Mésidor, étudiante en agronomie, 8.- l’agronome David Nicolas, 9.- Louis Clément Audigé et 10.- Pierre Yves Cantave.


 En outre, plusieurs catastrophes ont frappé le pays comme le tremblement de terre du 14 août 2021 qui a secoué le grand Sud, le passage de la tempête tropicale Grace, des inondations,  la sécheresse, etc.


En termes de perspectives d’avenir, la PROMODEV pense que le ministre de l’Agriculture doit lancer le processus de réforme du MARNDR en jumelant plusieurs directions ou coordinations techniques et en créant des départements opérationnels comme 1) département des systèmes de cultures qui rassemblerait la direction de la production végétale, la direction de la protection des végétaux, le service semencier, 2) département de l’élevage qui comprendra la direction de la production animale, la direction de la santé animale, le service de la quarantaine, le laboratoire de Tamarinier, 3) département de développement rural qui regroupera l’enseignement agricole, la direction de l’innovation, la direction de la vulgarisation, la direction du centre de recherche et de documentation agricole, la direction de la formation, la création d’une coordination qui s’occupera des femmes rurales (Madan Sara) et des organisations paysannes, la gestion des fermes agricoles ; 4) département des Ressources naturelles, etc.


Sur la question de la gestion de l’urbanisation fondamentale pour l’avenir du secteur agricole et qu’il faudrait contenir pour empêcher l’extension, un des moyens que le MARNDR peut utiliser serait de recourir à l’élaboration d’un décret-cadre sur la gestion de l’agriculture qu’il ferait adopter en Conseil des ministres et où l’institution pourrait accorder un statut légal de protection aux terres agricoles, ainsi qu’établir des règles drastiques de concessions aux fins de construction.


Le MARNDR profiterait d’un tel décret-cadre pour réguler, en plus des grands principes devant régir l’agriculture, de manière holistique la gestion du secteur: statut légal d’un agriculteur et avantages légaux et/ou fiscaux inhérents à un tel statut,  statuer sur la ruralité et le développement qui devrait l’accompagner, jeter de nouvelles bases légales pour la gestion des composantes du secteur: pêche artisanale et aquaculture, irrigation, agriculture écologique, agro-transformation/agro-industrie, agroforesterie et arboriculture fruitière, etc.


Le responsable du jardin botanique de Ouanaminthe, le géographe Alex Milhomme, a mis un focus sur la mécanisation de l’agriculture haïtienne qui est une solution intéressante pour contrer le manque d’intérêt des jeunes à prendre la relève dans ce secteur. Il croit aussi qu’un plan global pour protéger les milieux humides et un zonage  permettraient de réduire la pression due à l’étalement urbain sur les terres agricoles.


De plus, plusieurs participants ont présenté des projets en termes de perspectives. En effet, l’agronome. Fred Alix Coutin a parlé du projet Eco-Haïti et la réactivation de l’ANDAH. Pour sa part, l’économiste Riphard Sérent qui a fait savoir qu’il existe le Fonds pour la recherche et le développement de la BRH. Selon Paul Ascencio, son entreprise est en train de travailler pour le renforcement du projet apicole dans le Nord du pays.


La question de réactivation de l’ANDAH est importante en tant qu’association. Mais, comme a dit le ministre Toussaint, il nous faut un audit organisationnel et, j’ajoute, nous devons nous assurer que l’ancienne équipe ou génération accepte ce processus de changement tout en restant comme membres actifs de cette association qui a sa place dans le secteur agricole en Haïti.  En fait, le secrétaire général de la PROMODEV, l’Agr. Talot Bertrand, pense que nous devons aller plus loin en travaillant et en incitant la mise en place (création) de l’ordre des agronomes en Haiti qui sera la structure légale et officielle comme on a procédé dans les autres pays.  Avec l’ordre des agronomes, une grande partie des problèmes de ce corps de métier serait résolue.


En somme, il s’avère nécessaire de lancer le processus de réforme consistant à mettre le ministère de l’Agriculture au service des agriculteurs, des entrepreneurs agricoles, des agronomes, des techniciens agricoles, des médecins et agents vétérinaires, etc. Il est à noter que Damien a grand besoin d’un balayage institutionnel rapide et consistant. Pour ce faire, le ministre en fonction doit se faire accompagner des hommes et des femmes ayant une affinité pour la paysannerie et pour le développement agricole en Haïti. Par ailleurs, en amont, il nous faut une volonté politique claire du gouvernement de la République. Il nous faut prioriser  l’agriculture comme secteur porteur qui constitue l’une des solutions aux problèmes de la faim et de la pauvreté extrême. Sur ce, plusieurs questions restent encore sans réponse. Parmi lesquelles, on peut énumérer : qu’est-ce que nous devons produire pour alimenter notre population ? Comment améliorer les revenus des producteurs agricoles ? Comment construire des marches pour distribuer des produits locaux ? Quels sont les travaux de recherche agricole en cours qui tiennent compte des problèmes auxquels sont confrontés les systèmes de cultures et le système d’élevage en Haïti ?


Au nom du conseil d’administration, le secrétaire général de la PROMODEV présente ses vives félicitations aux différents participants de ce forum agricole et il espère que le Nouvel an sera une année d’engagement pour la production agricole nationale et pour la protection de l’environnement. 


Talot BERTRAND, Ing-Agr.


Spécialiste en éducation relative à l’environnement


Secrétaire général de la PROMODEV


Téléphone : (509) 2230-9998 / (509) 3733-5953 (WhatsApp)


E-mail : talotbertrand@gmail.com




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